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Le quarantième parallèle, un sentier oléicole cosmopolite

« Là où l’olivier renonce, finit la Méditerranée », a écrit Georges Duhamel (1884-1966). Or, l’arbre serait apparu sous sa forme sauvage bien au-delà, aux confins de l’Asie mineure, il y a plus de dix mille ans, où il continue de croître en d’immenses forêts. Il a depuis colonisé plusieurs régions du globe, et notamment celles se trouvant aux alentours de ce qu’on appelle en géographie le quarantième parallèle. Pour être moi-même traducteur et grand amateur de voyages et de botanique aux accents exotiques, je vous invite à un périple planétaire, multiculturel et intemporel, sous des latitudes ensoleillées et à l’ombre d’arbres symboliques, ô combien millénaires, et à en revenir, je l’espère, les bras et l’esprit emplis de fruits et de ressources terminologiques.

Dominic Michelin
Dominic Michelin traducteur indépendant depuis cinq ans (Bourgogne, France) (combinaisons linguistiques EN-FR / ES-FR). De formation littéraire et linguistique, il a précédemment travaillé dans le commerce international et la communication multiculturelle. Il a notamment été responsable de la communication et traducteur dans le domaine du transport aérien et de l’aéronautique, de l’action humanitaire et en agronomie, et enseignant en français langue étrangère (Canada, Australie). Diplômé de l’université de Dijon-Bourgogne (Master en Stratégies de communication internationale, 2001), de l’université Paris VII et de l’ISIT (Master en Industrie des langues et Traduction spécialisée, 2010). Secrétaire général de la SFT (Société française des traducteurs) de 2012 à 2015. Domaines de spécialité : écotourisme et industrie du voyage, transport aérien et aéronautique, action humanitaire et environnement, botanique et agronomie, vitiviniculture, oléiculture et plantes laticifères. Lauréat du concours de traduction « On traduit dans l’Estrie » 2012. Grand voyageur et amateur d’activités de plein air.

En remontant le 40e parallèle

En géographie, le parallèle, ainsi nommé en raison de sa position par rapport à l’équateur, désigne un cercle imaginaire reliant tous les points d’une même latitude par opposition au méridien qui, lui, raccorde tous les points d’une même longitude dans le sens nord-sud, et se trouve donc perpendiculaire au parallèle orienté est-ouest. La combinaison des deux forme un quadrillage intégral de la Terre dont les portions étirent leurs sommets vers les pôles. Le périmètre de ces portions est d’autant plus réduit qu’ils sont proches d’un pôle et éloignés de l’équateur. Par le passé, les parallèles ont souvent servi à établir des frontières « officielles » d’États et de pays. C’est le cas notamment en Amérique du Nord où le 49e parallèle détermine la majeure partie de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Les parallèles sont aussi appelées loxodromies. Une loxodromie (du grec loks(o), oblique, et –dromos, course), en anglais loxodrome ou rhumb line, en espagnol loxodrómica ou loxodromia, est une courbe qui coupe les méridiens d’une sphère sous un angle constant. Une loxodromie représente ainsi tout simplement la trajectoire, la courbe suivie par un navire qui garde un cap constant, aussi appelée en français « ligne de rhumb », voire « ligne de vent ». Sur les portulans, ces anciennes cartes marines, de telles lignes étaient tracées à partir des roses des vents, ces étoiles à trente-deux branches désignant l’intégralité des directions cardinales, encore visibles sur les cartes actuelles.

Oliviers van Gogh

Oliviers avec ciel jaune et soleil, V. van Gogh

Pourquoi cette introduction quelque peu insolite ? Pour mieux s’orienter et parvenir à celui des parallèles qui nous intéresse, à savoir le quarantième du nom, qui coupe l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Europe, continent qu’il aborde par le chas de l’île açoréenne de Corvo appartenant au Portugal dont il traverse la partie centrale avant d’attaquer l’Espagne, effleurant Madrid à une cinquantaine de kilomètres au sud, pour ensuite franchir la partie ouest de la mer Méditerranée où il coupe l’île de Minorque puis le nord de la Sardaigne. Atteignant l’Italie en contournant Naples en son méridien pour traverser le sud de la botte italienne, il franchit l’Adriatique puis l’Albanie, la Grèce, tout le nord de la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, survole la mer Caspienne avant d’entrer en Asie centrale, au travers du Turkménistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Kirghizistan. Vous suivez toujours ? Il pénètre ensuite la Chine, frôlant Pékin à une dizaine de kilomètres au nord, rejoint la mer de Bohai, recoupe la Chine puis découpe la Corée du Nord pour surfer la mer du Japon jusqu’à atteindre le nord de Honshu, île principale de l’archipel japonais avant d’entamer son ultime traversée de l’océan Pacifique nord où il termine son périple planétaire sans plus jamais rencontrer aucune île, avant de refaire le tour du globe. Incidence ou coïncidence, le 40e parallèle sud passe au-dessus des océans sur environ 96 % de sa longueur.

Les zones du globe situées autour du quarantième parallèle, tant dans l’hémisphère nord que sud, réunissent des conditions environnementales et climatiques spécifiques qui influent sur les modes de vie des populations qui les habitent. Ainsi, qu’ont en commun la gastronomie et l’alimentation portugaise, espagnole, californienne, chilienne, argentine, pékinoise, sud-africaine ou australienne (notamment méridionale) ? Le fait qu’elles se rapprochent étrangement du modèle dit « régime méditerranéen », basé sur certaines cultures essentielles comme l’olivier et la vigne, et qu’on y trouve souvent d’excellents vins et de vastes étendues d’oliviers, indigènes ou non, parfaitement implantés. Ce fameux parallèle, qui suit une ligne de latitude quarante degrés à équidistance de l’équateur et qui traverse des régions dont les conditions climatiques induisent un climat tempéré et une saison sèche propices à ces cultures d’origine méditerranéenne que sont essentiellement la vigne et l’olivier mais aussi le blé, et dont les paysages, traditions et habitudes gastronomiques comportent d’étranges similitudes et de non moins étranges vertus, n’y est a priori pas étranger.

Si je me permets cette digression, que dis-je, ce parallèle, c’est que ce mode de vie remet au goût du jour l’importance de certaines cultures et fait renaître et revivre les habitats caractéristiques des régions méditerranéennes et de celles situées aux alentours du quarantième parallèle. Il contribue à une meilleure résistance aux maladies cardiovasculaires, au diabète, à l’obésité, voire au cancer. Et il entraîne aussi un nouvel essor économique, une durabilité accrue, ainsi que la préservation du patrimoine naturel.

La diète méditerranéenne a été inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO en 2013. Modèle alimentaire basé essentiellement sur l’huile d’olive, les céréales, les fruits et légumes et le poisson, sans oublier bien sûr le vin et l’eau-de-vie élaborés selon les traditions et croyances des communautés concernées. Cela posé, elle dépasse le cadre du modèle alimentaire pour devenir un mode de vie, depuis la culture des ressources naturelles qui la composent jusqu’à l’élaboration de la gastronomie qui la caractérise. Ce concept est soutenu par l’UNESCO qui définit cette alimentation comme « un ensemble de savoir-faire, de connaissances, de pratiques et de traditions depuis le terroir jusqu’à la table », qui valorisent le lien social et la communication par ses cultures et sa culture visibles et transmissibles par ses croyances, ses chansons, ses histoires et ses légendes qui retracent le mode de vie de civilisations millénaires. Le raisin et l’olive sont les principaux piliers de la fameuse « diète méditerranéenne », dont les bienfaits ne cessent d’être confirmés scientifiquement et mis en valeur dans le monde.

    Les 10 préceptes de la diète méditerranéenne

    1. Utiliser l’huile d’olive vierge extra comme principale matière grasse additionnelle
    2. Consommer quotidiennement du pain et/ou des aliments à base de céréales
    3. Consommer en abondance des aliments locaux, de saison, frais et peu traités
    4. L’eau est la boisson quotidienne principale, on doit la boire en abondance. Le vin rouge doit être consommé quotidiennement, mais modérément et durant les repas
    5. Consommer en abondance ail, oignon, épices et aromates
    6. Consommer quotidiennement des produits laitiers, de préférence des yaourts et des fromages peu gras
    7. Consommer le poisson et les fruits de mer en abondance
    8. Consommer les œufs et la viande rouge avec modération (pas plus de 2 fois par semaine)
    9. Consommer quotidiennement des fruits frais en dessert et seulement occasionnellement des sucreries et pâtisseries
    10. Pratiquer une activité physique quotidienne (en particulier la marche ou la natation)

Vigne et olivier, des similitudes troublantes

Comme la vigne, l’olivier serait originaire des régions à proximité du pourtour méditerranéen, qui reste son principal lieu de production. Il a, lui aussi, commencé à être cultivé vers 4000 avant notre ère et sa culture a été diffusée initialement par les Phéniciens, puis les Grecs et les Romains.

La vigne et l’olivier sont tous les deux issus d’un processus de culture très encadré (culture sur coteaux, irrigation possible mais pas indispensable, désherbage autour des pieds, greffes, traitement des maladies des arbres et des fruits, taille régulière des branches) et d’un processus mécanique de pressage (pressage des fruits, séparation du jus de la pulpe et des pépins/noyaux, filtrage).

Il existerait près de 2 000 variétés d’oliviers répertoriées dans le monde, contre près de 6 000 cépages de vigne. Comme le vin, l’huile d’olive peut être extraite à partir de variétés de fruits différentes ayant des caractéristiques organoleptiques spécifiques. Pour l’huile d’olive comme pour le vin, il existe des produits monovariétaux issus de cépages différents et aussi des assemblages plus ou moins complexes de différents cépages.

Comme le vin, l’huile d’olive comporte une quantité relativement importante de polyphénols, ces antioxydants dont le rôle est important pour la prévention des maladies cardiovasculaires et l’oxydation cellulaire.

Le saviez-vous ?

  • La filiation de l’olivier est claire puisqu’il est attesté descendre de l’oléastre ou olivier sauvage (Olea europaea europaea silvestris) et est considéré comme une ressource génétique importante. C’est une espèce thermophile qui résiste très bien à la sécheresse et participe à la lutte contre l’érosion des sols.
  • Après la conquête du Mexique par Fernando Cortés, les missionnaires espagnols plantent des oliviers sur leur nouveau territoire, lors de leur expansion vers ce qui allait devenir la Californie. En effet, toutes les missions se devaient de posséder des oliviers afin de disposer de réserves suffisantes d’huile pour répondre aux besoins des rituels religieux, de la cuisine, de l’éclairage et de la fabrication du savon.
  • La triade ou trilogie méditerranéenne désigne l’ensemble des trois espèces végétales constituant l’essentiel de l’agriculture méditerranéenne : le blé, la vigne et l’olivier qui produisent depuis l’Antiquité l’alimentation de base de cette région du monde et qui a essaimé dans le monde entier : le pain, le vin et l’huile d’olive, aliments-clés par ailleurs du célèbre régime méditerranéen.
  • Si la Tasmanie au climat pourtant très tempéré affiche une production d’huile d’olive plutôt humble (220 tonnes annuelles), elle peut se targuer d’une huile d’olive de grande qualité avec l’un des taux d’acide oléique très élevé, et donc hautement nutritive.

À l’instar des vins, il existe des huiles d’olives monovariétales, c’est-à-dire élaborées à partir d’une seule variété d’olive, et des assemblages d’huiles d’olives issues de variétés différentes. L’utilisation d’une seule variété permet de choisir plus facilement en fonction de ses goûts et des types de plats à accompagner, notamment pour les variétés aux carac­téris­tiques organo­lep­tiques très marquées.

Une différence cependant réside dans le vieillissement… ou non. Si le vin subit une fermentation alcoolique et peut ensuite être vieilli plusieurs années en fût de chêne et permet une amélioration de ses qualités organoleptiques, l’huile d’olive, au contraire, ne doit surtout pas fermenter et tout vieillissement correspond à une dégradation lente de la qualité du produit, tant au niveau de sa composition chimique que de ses qualités organoleptiques.

L’olivier, un marqueur historique et culturel

Trois mille cinq cents ans avant notre ère, la Crète s’enrichit grâce à la culture de l’olivier et à l’exportation de son huile. Deux mille ans plus tard, les Grecs en feront également la culture intensive. Avec l’expansion de leurs colonies, ils l’introduiront dans le sud de l’Italie et en Afrique du Nord, d’où elle se propagera jusqu’au sud de la France. Sous l’Empire romain, l’olivier sera planté dans tous les pays du bassin méditerranéen où les conditions climatiques permettent sa croissance. Le lucratif commerce de l’huile, dont les Romains ont pris le contrôle, contribuera à assurer leur pouvoir et leur hégémonie dans le monde. Toutefois, les Barbares et les premières invasions arabes sonneront le glas d’une période faste pour la culture de l’olivier. Il faudra attendre les croisades et, plus particulièrement, le commerce de Venise au XIIIe siècle pour que l’on s’y intéresse à nouveau. L’huile d’olive redevient dès lors un commerce fort lucratif, car elle sert non seulement en cuisine, mais également pour l’éclairage, la fabrication du savon et le traitement des textiles.

« Qui laboure ses oliviers, les prie de donner du fruit ; qui les fume, le demande ; qui les taille, l’exige. » (proverbe provençal)

Si l’olivier, de son nom botanique Olea europaea, L. subsp. europaea, est l’arbre emblématique et le symbole culturel de la Méditerranée par excellence, il constitue aujourd’hui la sous-espèce la plus largement répandue dans le monde, présente dans toute l’Afrique, dans l’océan Indien (Mascareignes, Réunion et île Maurice), dans de nombreuses régions sèches d’Asie, depuis l’Arabie jusqu’en Chine et au Vietnam, et est désormais bien implanté en Amérique du Nord (Californie, Mexique), en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Pérou), en Australie, sans oublier la Crimée (au passage, autre région viticole), l’île indonésienne de Java et jusqu’au bout du Pacifique sur l’île Norfolk !

Olivier

Olivier à Karystos (Grèce)

L’habitat privilégié de l’olivier dans le monde se situe donc bien aux alentours du 40e parallèle, le long d’une ligne située entre 30° et 50° de latitude, et ce dans les deux hémisphères. Pour l’hémisphère nord, ses régions de culture, principalement méditerranéennes, se caractérisent par des étés chauds et secs alors que les oliveraies de l’hémisphère sud sont situées sous des latitudes plus tropicales et des climats influencés par un relief plus élevé.

Subdivisé en deux variétés, subsp. europaea var. europaea pour l’olivier domestique, et subsp. europaea var. sylvestris pour l’oléastre, ou olivier sauvage, il demeure la variété domestiquée depuis plusieurs millénaires et cultivée dans toutes les régions de climat méditerranéen. Même si le bassin méditerranéen demeure sa terre de prédilection avec près de 95 % des oliveraies mondiales, on estime à 900 millions le nombre d’oliviers cultivés sur la planète.

Au-delà des bienfaits de ses fruits et de son huile, du symbolisme de l’arbre et de ses rameaux incarnant la paix, la longévité, la sagesse ou encore la victoire, l’olivier est employé en tant que plante médicinale, en particulier pour ses feuilles qui ont un effet diurétique, hypotenseur et vasodilatateur et entrent dans la composition de spécialités pharmaceutiques. La feuille d’olivier est également antidiabétique et des études cliniques confirment son indication pour prévenir l’athérosclérose (dégénérescence des artères).

Une autre originalité méconnue de l’olivier : ses feuilles, très fines et d’un vert sombre à l’extérieur, sont argentées sur leur face interne et ne tombent qu’au bout de trente à trente-six mois d’existence. Et si ses fleurs blanches en grappe au parfum de réséda attirent de nombreux insectes, sa fécondation est pourtant exclusivement anémophile, reflétant en cela sa destinée intemporelle particulière.

Son bois est utilisé pour ses qualités de dureté et de résistance en menuiserie et en papeterie, en décoration, pour les ustensiles de cuisine et jusque dans le domaine artistique. Il constitue aussi un très honorable combustible à usage industriel ou domestique, et les produits de sa taille peuvent servir d’alimentation ou de litière animale (biomasse, compost, engrais, pellets).

L’huile d’olive

« L’huile d’olive fait fuir tous les maux » (vieil adage occitan)

L’huile d’olive vierge est un pur jus de fruit obtenu uniquement par des procédés mécaniques ou d’autres procédés physiques dans des conditions, thermiques notamment, qui n’entraînent pas d’altération de l’huile. Ne subissant aucun traitement autre que le lavage, la décantation, la centrifugation et la filtration, cette méthode garantit que toutes les vitamines et les substances définissant le goût et présentes dans le fruit se retrouvent intactes dans l’huile. Ce sont les cellules de la pulpe de l’olive, le mésocarpe, qui stockent les gouttes de graisse qui formeront la précieuse huile. Il faut environ 5 à 7 kilos d’olives selon les espèces pour obtenir 1 litre d’huile.

Il en existe plusieurs catégories et il est important de savoir que plus le taux d’acidité de l’huile est bas, meilleure est la qualité. L’huile d’olive vierge courante est l’huile d’olive vierge dont l’acidité libre exprimée en acide oléique est au maximum de 3,3 grammes pour 100 grammes. L’huile d’olive vierge est l’huile d’olive vierge dont l’acidité libre exprimée en acide oléique est au maximum de 2 grammes pour 100 grammes. L’huile d’olive vierge extra est l’huile d’olive vierge dont l’acidité libre exprimée en acide oléique est au maximum de 0,8 gramme pour 100 grammes. Son taux d’acidité étant très faible et ses qualités gustatives très élevées, elle constitue la meilleure des huiles d’olive.

Aujourd’hui, la consommation d’huile d’olive ne se limite pas aux zones d’origine de la culture de l’olivier : ce produit est devenu synonyme d’une cuisine de qualité dans la quasi-totalité du globe.

Le saviez-vous ?

  • Le Jardin de Gethsémani de Jérusalem héberge plusieurs oliviers si anciens qu’on les dit dater de l’époque de Jésus.
  • Si certains oliviers italiens sont réputés remonter à l’époque de l’Empire romain, qu’un autre sur l’île de Brijuni (Brioni), dans la province d’Istrie en Croatie, donne toujours régulièrement des fruits malgré son âge d’environ 1 600 ans, et qu’un autre situé à Santu Baltolu di Carana dans l’île italienne de Sardaigne, nommé avec respect « s’ozzastru » (« l’oléastre » en langue sarde) par les habitants de la région, est réputé être âgé d’au moins trois millénaires, qu’il existe au Sud-Liban un arbre vieux de 2 700 ans dans le village de Chaqra dénommé l’arbre des Perses, qu’à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), un vénérable a priori âgé de plus de 2 000 ans et censé être le plus vieil arbre de France affiche une circonférence impressionnante : vingt mètres de tour de tronc avec de multiples rejets, et qu’aux abords du pont du Gard, on trouve trois oliviers millénaires, dont l’un a été planté en Espagne en l’an 938, puis transplanté près du pont du Gard en 1988, la palme de la longévité revient à l’olivier crétois de Kavousi, dont les dimensions du tronc, son diamètre (4,90 m) et son périmètre (14,20 m) permettent une estimation approximative de son âge, selon la méthode de chronologie des anneaux de croissance annuelle, l’âge de cet arbre serait d’environ 3 250 ans.
  • Les origines de l’olivier se confondent avec les légendes immémoriales de l’humanité : la naissance de cet arbre est attribuée à Athéna, la déesse de la sagesse et de la science, qui du bout de sa lance fit jaillir de la terre brûlée par le soleil un arbre immortel permettant de nourrir et de soigner les hommes pour l’éternité. L’olivier fut déclaré par Zeus « le don le plus utile à l’humanité ».
  • La légende rapporte que l’olivier est le premier arbre à avoir émergé des flots après le déluge et à avoir servi de guide et d’espoir à Noé.

Ses propriétés bénéfiques pour la santé, notamment au plan cardio-vasculaire, grâce à sa teneur en vitamine A, en vitamine E et en acides gras mono-insaturés, ne sont plus à démontrer. Les bienfaits liés aux vitamines sont surtout observés lors de la consommation d’huile à tem­pé­ra­ture ambiante, notamment dans les salades, car les vitamines sont détruites au-delà d’une tem­pé­ra­ture de 40 °C. Par rapport aux autres acides gras insaturés, l’huile d’olive est assez stable à la cuisson et garde en ce cas ses effets bénéfiques sur le cholestérol. Elle est la matière grasse de base du régime médi­terranéen (ou régime crétois) ayant un effet favorable sur la prévention des affections cardio-vasculaires et sur les capacités antioxydantes de l’organisme. L’huile d’olive, en plus de ses propriétés hydratantes, contient des molécules antioxydantes (poly­phénols, hydroxy­tyrosol) qui aident la peau à se défendre contre son environnement, en neutralisant les radicaux libres causés par la pollution et les rayons ultra-violets. Certaines composantes de l’huile d’olive sont d’ailleurs réputées avoir une activité anti­fongique et anti­bactérienne. Enfin, l’huile d’olive est traditionnellement utilisée pour les soins de la peau et la fabrication d’onguents ou de savons. Le savon d’Alep et le savon de Marseille, qui contiennent de l’huile d’olive, contribuent autant à la santé qu’au bien-être.

De l’huile d’olive de moins en moins méditerranéenne…

L’huile d’olive, symbole millénaire et bienfait avéré de la Méditerranée, pourrait bien dans les prochaines années se faire rare et chère de ce côté-ci de la planète car les dernières récoltes, en Italie et en Espagne notamment, s’avèrent inquiétantes. Les raisons ? L’arrivée d’une bactérie sud-américaine qui s’attaque aux oliveraies italiennes, et qui vient s’ajouter au développement de la tristement célèbre « mouche de l’olive » (Bactrocera oleae), la faute à un climat trop humide et dont les saisons d’hiver et d’été ne sont plus assez marquées, ce qui favorise, voire accélère la reproduction de ce ravageur qui endommage la chair de l’olive et peut rendre l’huile rance. Sur la péninsule ibérique, la conjugaison de la sécheresse et des bactéries nuisent aux récoltes. Si la Grèce et la Tunisie sont pour l’instant épargnées et prévoient de se positionner sur le haut de gamme du marché, d’autres régions du monde plus lointaines comme la Californie et surtout l’Australie risquent fort de tirer leur épingle du jeu de cette nouvelle situation climatique et économique. Si l’État américain mise sur la qualité en se dotant de normes de production aussi rigoureuses qu’en Europe (plus de 60 appellations d’origine produites à petite échelle selon des méthodes ancestrales), le pays-continent, lui, réunit toutes les conditions naturelles et économiques pour devenir la nouvelle manne oléicole.

L’olive

Si son huile est connue depuis des temps immémoriaux, il est difficile de dire quand le fruit a commencé à être consommé, car un traitement spécifique est nécessaire afin d’éliminer son principe amer, l’oleuropéine. Il faudra attendre de connaître les effets désamérisants de la cendre de bois (ancêtre de la soude moderne) pour être en mesure de l’apprécier, connaissance qui remonterait à l’époque romaine. Depuis, l’olive a fait son petit bonhomme de chemin. Elle n’est plus seulement consommée et appréciée par les Méditerranéens, mais dans la majorité des pays occidentaux et désormais bien au-delà, grâce à son infinie variété de formes, de couleurs, de tailles et de saveurs, et de ses innombrables manières de l’accommoder.

Les olives sont un des rares aliments réunissant les quatre saveurs de base (salé, amer, acide et sucré), ce qui offre un nombre infini de combinaisons gustatives et gastronomiques concourant à sa popularité et à sa notoriété. À tel point qu’un nouveau concept voit le jour en Espagne : l’« aceituning » qui consiste à accommoder et à associer les olives de table aux ingrédients de son gré et ainsi à réactualiser et redynamiser l’utilisation de l’olive dans la cuisine du monde entier, en faisant preuve d’imagination et de créativité. Comme le dit le slogan espagnol : « ¿Qué es el aceituning? ¡Es imaginación! ».

Les bienfaits de l’olive et de son huile

Feuilles d'olivier

Olea europaea, par F. E. Köhler dans Köhler's Medizinal-Pflanzen (1887).

L’olive mûre en conserve est une source de cuivre. En tant que constituant de plusieurs enzymes, le cuivre est nécessaire à la formation de l’hémoglobine et du collagène dans l’organisme et contribue également à la défense du corps contre les radicaux libres.

L’olive verte marinée est une source de vitamine E. Antioxydant majeur, la vitamine E protège la membrane qui entoure les cellules du corps, en particulier les globules rouges et les globules blancs, et renforce le système immunitaire.

L’huile d’olive est une source de vitamine K, nécessaire à la fabrication de protéines qui participent à la coagulation du sang et joue aussi un rôle dans la formation des os. Elle est aussi une source de vitamine E. Le contenu en vitamine E est généralement plus élevé dans les huiles de première pression à froid que dans les huiles raffinées. Antioxydant majeur, la vitamine E protège la membrane qui entoure les cellules du corps, en particulier les globules rouges et les globules blancs.

Quelques données économiques

Le premier pays oléicole mondial est l’Espagne. L’oléiculture joue un rôle économique majeur dans les zones déshéritées et dans les industries dérivées, plaçant l’Espagne au premier rang des exportateurs mondiaux d’huile d’olive et d’olives de table.

Le deuxième pays oléicole mondial est l’Italie. L’Italie combine le paradoxe d’être le deuxième producteur mondial ainsi que le premier importateur et consommateur mondial.

Au troisième rang des pays oléicoles vient la Grèce, dont les habitants sont actuellement les plus grands consommateurs d’huile d’olive au monde.

La Tunisie est le pays du sud de la Méditerranée le plus important dans le domaine de la production oléicole et la plus grande puissance mondiale dans ce secteur hors Union européenne, et se situe au quatrième rang mondial. La culture de l’olivier est dans ce pays une tradition millénaire introduite par les Phéniciens puis développée par les autres civilisations qui se sont succédé sur son sol.

Le cinquième rang des pays oléicoles est occupé par la Turquie. L’oléiculture est pratiquée traditionnellement en Turquie depuis des temps immémoriaux, comme l’attestent les textes hittites, et l’olivier est généralement cultivé dans les zones littorales.

La Syrie est la grande puissance oléicole du Proche-Orient et est considérée comme la source de la diffusion historique de l’olivier à travers la Méditerranée. L’oléiculture y joue un rôle socio-économique essentiel en fournissant du travail directement et indirectement par les industries oléicoles, ainsi qu’une base de l’alimentation des Syriens, qui consomment la production nationale en quasi-totalité.

Les Espagnols ont introduit l’olivier dans leurs anciennes colonies des Amériques et certains pays ont une production plus ou moins importante, comme l’Argentine, le Mexique, le Pérou, le Chili et les États-Unis (Californie). L’oléiculture est également en plein développement en Australie et en Afrique du Sud car ces deux pays possèdent sur leurs façades maritimes méridionales un climat méditerranéen propice.

Pour conclure…

Le saviez-vous ?

  • On a trouvé près de Livourne, dans l’actuelle Toscane italienne, des restes fossilisés d’oléastre (Olea sylvestris), l’ancêtre sauvage de l’olivier, datant de 20 millions d’années. Selon les plus récents travaux des généticiens, cet arbre aurait été domestiqué il y a 5 000 à 7 000 ans en plusieurs endroits du bassin méditerranéen (Liban, Israël, Syrie, France, Espagne, Corse, Maghreb, etc.). La sélection exercée par les humains dans le but d’en modifier certaines caractéristiques aura pour effet de donner naissance à une espèce propre, l’olivier, dont il existe de très nombreux types régionaux.
  • Dérivé du provençal oliva l’ayant repris du latin Olea, le terme « olive » est attesté apparaître dans la langue française en 1080, alors que le terme « huile » n’apparaît qu’au début du XIIe siècle sous la forme « olie », « oile », puis « uile », venue du latin oleum qui désignait l’« huile d’olive », et indique que l’olive et l’huile étaient des quasi-synonymes pour les Romains. Pourquoi un « h » à « huile » alors ? Il aurait été ajouté pour éviter toute confusion entre « uile » et « vile » au temps où la consonne « u » avait la même graphie que le « v ».
  • L’oléocanthal est un composé antioxydant présent dans les huiles d’olive extra-vierges, d’autant bien conservé que l’huile est obtenue par extraction à froid (en dessous de 27 °C). Cette molécule, déjà connue pour inhiber la prolifération de certaines cellules cancéreuses chez la souris, a fait l’objet d’un test in vitro très prometteur sur des cultures de cellules cancéreuses (prostate, sein, pancréas) et non cancéreuses. À forte dose, il détruit rapidement les cellules cancéreuses de l’intérieur et laisse intactes les cellules saines.
  • Il existe en Argentine dans la province de La Rioja un olivier quatre fois centenaire connu comme « el olivo histórico », et pour cause. L’arbre, vraisem­blablement né au XVIe siècle en Castille espagnole est un, voire le seul, survivant des arbres importés d’Espagne lors de la conquête et de la colonisation espagnoles du continent sud-américain. Il aurait été planté dans les années 1590 et est devenu depuis lors le symbole de l’identité de la circonscription d’Arauco pour être le « père » de tous les oliviers de la province et produit régulièrement sa centaine de kilos d’olive chaque année.

L’oléiculture occupe une part essentielle dans l’économie agricole des pays méditerranéens traditionnels et gagne lentement mais sûrement le reste du monde, au regard de la consom­mation mondiale à la hausse, de l’intérêt à la fois agricole, sanitaire et sociologique que constitue ce secteur d’activité international qui ne cesse d’évoluer et de s’adapter, en créant de nouveaux concepts de consom­mation comme l’oléo­logie, l’oléo­technie et le très récent aceituning, tous sources de créativité et de communication internationale où les besoins en terminologie et en traduction, notamment dans les langues d’origine des pays tradition­nellement ancrés dans cette culture (espagnol, italien, grec, portugais, français, anglais, arabe, hébreu, turc, persan, pour ne citer que celles-ci) s’avèrent néces­saires. Pour preuve, le Conseil oléicole international qui régit le secteur au sens large est un organisme international trilingue français-anglais-espagnol qui compte 44 pays membres, repré­sentant 98 % de la production mondiale et 97 % des exportations mondiales et est appelé à s’élargir dans un futur proche et à valoriser le développement international des activités liées au secteur.

Enfin, l’olivier, sa culture, dans les deux sens du terme, ses fruits, son huile, son inclusion au meilleur régime alimentaire du monde et tous ses produits dérivés représentent, à l’image de son histoire, de sa nouvelle géographie et de sa notoriété, une source de vocabulaire spécifique et une terminologie foisonnante à l’image de ses innombrables variétés d’olives et offre des perspectives illimitées à la fois culturelles, gastronomiques, agricoles, éco­no­miques en matière de traduction. Aussi, pour finir sur une touche symbolique, si j’osais un jeu de mots facile en associant mes deux langues latines de travail, je dirais : ¡Olé y cultura!

Annexe : Lexique de l’oléiculture

Bibliographie

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